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COMME OCÉAN

GRENADE : LE TOUR DE L’ÎLE

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Après deux semaines de travaux intenses sur BLÜ, les vacances ont enfin débuté. La baie de Prickly a été une belle découverte, située à une trentaine de minutes de navigation de Clarkes Court, le chantier naval où était entreposé notre voilier. C’est une magnifique baie à proximité de la ville et des commodités : le transport, l’approvisionnement, ainsi que les ateliers et magasins spécialisés en matériels maritimes, sans oublier la superbe plage de Grande Anse. En prime, une micro-brasserie artisanale à 10 minutes de marche.

Dès notre premier séjour en 2017, nous avons adopté l’île de Grenade. Une île montagneuse, généreuse par sa nature luxuriante, des gens courtois et affables. Les Grenadiens sont fiers de leur parcours et indépendance (1974 du Royaume-Uni). Le pays a toutefois connu des jours plus sombres alors que plus tard, dans les années 1970, une proximité s’est installée avec différents pays dirigés par des dictatures. Ensuite, Grenade fleurte avec un mouvement d’inspiration marxiste, sous prétexte de mettre l’économie au service du peuple et de la justice sociale. Elle devient le Gouvernement révolutionnaire populaire de la Grenade. Après plusieurs tumultes politiques et l’invasion américaine en 1983, le pays renoue avec la paix, recouvrant ainsi sa constitution de 1974 et des élections libres.

Depuis, le pays s’est émancipé et a développé ses propres institutions et son économie. Les industries et les services sont actifs, notamment en matière d’éducation universitaire offshore et du domaine médical, ainsi que du tourisme. Grenade a aussi mis en valeur les fruits que lui apportent la terre et la mer. D’ailleurs, c’est lors d’un tour complet de l’île avec Joe le taxi, notre guide, que nous en avons pris toute la mesure. C’est avec beaucoup d’enthousiasme et de fierté que Joe nous a entretenus de son pays. Du Sud au Nord, nous avons parcouru l’île, bordée, tantôt par la mer – Caraïbes et Atlantique – tantôt par les terres, traversant la forêt tropicale à flanc de montagne.

Nous sommes passés rapidement dans Saint-George, la capitale, que nous connaissons déjà. Côté Ouest de l’île, nous avons longé la mer des Caraïbes et avons traversé plusieurs villages pittoresques où la pêche constitue la plus importante activité. Ici, pas de gros chalutiers. La pêche se pratique au filet, de façon artisanale, avec des barques multicolores.

Notre premier arrêt, Gouyave, au Nord-Ouest de l’île. Nous avons visité une fabrique de traitement de la noix de muscade. Grenade est le deuxième producteur mondial de muscade. Tout le procédé s’effectue de façon traditionnelle. Les noix, livrées toute l’année par les agriculteurs locaux, le séchage, le cassage, la mise à l’eau, le triage et l’emballage. La précieuse épice est entassée dans des gros sacs de jute et est expédiée aux quatre coins du monde.

Le deuxième arrêt nous a permis de nous sustenter dans un restaurant authentique, où Joe semblait bien connaître la communauté. Plus au Nord, Victoria fut notre troisième arrêt. C’est là que notre dessert nous attendait, du chocolat. À la fabrique de cacao, Jouvay, la visite a débuté au champ. Les cacaotiers poussent parmi d’autres arbres fruitiers, notamment des muscadiers, des bananiers, des plans de gingembre, ainsi que divers arbres produisant des agrumes. La cabosse est cueillie lorsqu’elle atteint la couleur jaune orange ou rouge, selon la sorte. L’intérieur contient une multitude de fèves orangées qui baignent dans une pulpe blanchâtre. S’ensuivent plusieurs étapes : écabossage, fermentation, séchage au soleil dans d’immenses tiroirs, triage et sélection, torréfaction, broyage, raffinage, conchage (brassage), tempérage (mise en pâte), moulage et enrobage. À la fin de notre visite, c’est la dégustation qui nous attend. Toute la gamme du chocolat y est : 100 %, 75 %, 70 % et 60 %, ainsi que le chocolat en poudre. Jouvay fabrique aussi du chocolat à saveur de muscade et de gingembre. Mon préféré, le chocolat 60 % contenant des petits éclats de fèves croquants et savoureux. Un délice ! La production est réalisée selon les principes d’agriculture durable et du commerce équitable.

Le bec enfin sucré, nous avons poursuivi notre route vers le Nord de l’île et sommes passés par la baie des Sauteurs. Joe nous rappelle la triste histoire qui a marqué cette baie. Au XVIIe siècle, les Indiens autochtones ont préféré sauter du haut de la falaise de 40 mètres, plutôt que de se rendre aux conquérants français.

Nous avons franchi la côte Est de l’île, soit l’Atlantique et sommes arrivés dans le secteur Saint-Patrick où est située la plus ancienne distillerie (1785) de rhum de Grenade, River Antoine Estate. Cette distillerie possède le plus ancien moulin à eau en activité dans les Caraïbes. Encore là, tout est fabriqué de façon artisanale, de la récolte de la canne à sucre biologique jusqu’à l’embouteillage. L’ensemble des opérations s’effectue de la même manière et avec les mêmes équipements qu’il y a 250 ans. Malheureusement, lors de notre visite guidée, la distillerie était en arrêt pour entretien. Paul est donc « resté sur sa soif » ne pouvant constater par lui-même la mécanique d’antan en état de marche, ingénieuse pour l’époque. River Antoine Estate produit deux types de rhum : l’un à 75° et l’autre à 69° d’alcool. Rien ne sert de vous précipiter à la Société des alcools du Québec pour vous en procurer. Ce rhum ne s’exporte pas et il est formellement interdit de rapporter le rhum à 75° dans les bagages en avion car il est hautement inflammable. De plus, tout est consommé localement. À la dégustation, notre gorge en a pris un coup !

Alors que notre gosier se remettait de notre lampée de rhum, notre attention fut attirée par deux épaves d’avion qui gisaient sur un terrain vague. Joe nous explique qu’il s’agit d’un Antonov A26 et l’autre, d’un avion de Cubana Airline, bombardés par les Américains lors de l’invasion pour sauver l’île du communisme. Les carcasses de ces deux avions croupissent sur le terrain de l’ancien aéroport Pearls, complètement désarmés, voire décharnés, finissant leur vie dans la totale indifférence des Grenadiens.

Nous avons terminé notre tour de l’île en passant par Grenville, un village vivant qui grouillait d’activités. Ensuite, le véhicule de Joe s’est enfoncé dans la forêt tropicale, dense et verdoyante, parfois brumeuse, traversant plusieurs villages et hameaux à flanc de montagne. Un bref arrêt en pleine forêt, à 1 900 pieds d’altitude, fut l’occasion de sentir une fraîcheur bienfaisante.

Quelle belle journée, en compagnie de Joe à parcourir Grenade, une île que nous apprécions au centuple. Merci Joe !

Auteur : Marlène

Professionnelle en relations publiques et passionnée de voile.

Une réflexion sur “GRENADE : LE TOUR DE L’ÎLE

  1. Bonjour,
    Merci de nous faire voyager et pour cette fois, nous faire saliver !!!
    Tout ok ici à l’ Ile Perrot, nous avons un hiver peu rigoureux et nous en sommes heureux.
    Bon vent et bonnes découvertes…

    J'aime

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